Peet Dullaert FW26 

Pour son Automne-Hiver 2026, Peet Dullaert place la barre haute : deux Rembrandt en ouverture, les portraits de Marten Soolmans et d’Oopjen Coppit que se partagent le Louvre et le Rijksmuseum. La référence en impose. L’essentiel se joue pourtant ailleurs. Chez le couturier néerlandais, ce vernis érudit reste un prétexte. Le vrai sujet, c’est le corps.

Le corps, donc : la façon dont il occupe un vêtement, s’y meut, s’y sent libre. Dullaert travaille à rebours de la couture cérébrale. Il façonne ses volumes à même le mannequin vivant, en drapé direct, à main levée. Cette méthode pèse sur ce qui défile. Là où un plasticien de la robe se laisserait dévorer par son concept, lui garde la main sur la seule chose qui compte vraiment en couture aujourd’hui : la portabilité. D’où sa signature la plus reconnaissable, et la plus discrètement subversive. Sous les drapés et les taffetas, Dullaert glisse des bodys en maille technique, des résilles extensibles, tout un lexique emprunté au vêtement de sport. Il y voit, à juste titre, le luxe le plus contemporain qui soit : celui du mouvement. Une provocation dans une discipline qui sacralise la contrainte, le corset et la pose. Il choisit l’exact opposé : une couture qui permet de respirer.

For Autumn-Winter 2026, Peet Dullaert sets the bar high: two Rembrandts to open, the portraits of Marten Soolmans and Oopjen Coppit shared between the Louvre and the Rijksmuseum. The reference commands respect. Yet the essential lies elsewhere. With the Dutch couturier, this scholarly veneer remains a pretext. The true subject is the body.

The body, then: the way it inhabits a garment, moves within it, feels free in it. Dullaert works against the grain of cerebral couture. He shapes his volumes directly on the living model, draping in real time, by hand. That method leaves its mark on what comes down the runway. Where a sculptor of the dress might let himself be devoured by his concept, he keeps his hold on the only thing that truly counts in couture today: wearability. Hence his most recognisable signature, and his most quietly subversive. Beneath the drapes and the taffetas, Dullaert slips in bodysuits in technical knit, stretch mesh, a whole vocabulary borrowed from sportswear. He sees in it, and rightly, the most contemporary luxury there is: that of movement. A provocation within a discipline that holds constraint, the corset and the pose as sacred. He chooses the exact opposite: a couture that lets the body breathe.

Le fil rouge de la saison tient dans une question : de quoi le luxe est-il fait, et selon quelle époque ? Dullaert rappelle qu’au temps de Rembrandt, un noir profond pouvait coûter plus cher que l’or, tant il concentrait de savoir et de labeur. La démonstration est habile parce qu’elle relativise : le prestige d’un ton, d’une étoffe, d’un geste se fabrique, il se déplace d’une époque à l’autre. Sa pièce la plus aboutie, une création intégralement noire portée par Gia Bab, condense l’argument en un seul volume, où la lumière effleure la matière. Le reste de la collection procède par frictions assumées. La robe à la française et son pli Watteau se réinventent en construction actuelle ; un léopard revisité fait resurgir l’insolence des années 1920 ; velours de panne, dentelle coupée, macramé et broderies inspirées des soies chinées déploient un artisanat qui frôle parfois la surcharge. Le tour de force est de tenir cet excès à distance du pastiche. Dullaert met l’histoire en tension avec le présent plutôt que de l’illustrer, et cette tension, davantage que la caution Rembrandt, forme le véritable moteur du défilé. Le casting prolonge intelligemment le propos. La collection s’ouvre sur la muse maison, Anastasia, incarnation d’une assurance tranquille, et se referme sur Jade Parfitt, silhouette-manifeste des années 1990. Le raccourci, d’un portrait du Siècle d’or à une icône Versace des nineties, est un peu appuyé, mais il fonctionne : il pose que chaque décennie fabrique ses figures, et que la couture s’occupe de les faire durer. On y lit aussi, plus prosaïquement, un sens aigu de l’image.

Le plus révélateur se joue hors du podium. Dullaert vient d’être sacré premier lauréat des New Crafts Awards, portés par Accor et la Fédération de la Haute Couture et de la Mode : une reconnaissance institutionnelle qui, pour une maison indépendante restée à l’écart des grands groupes, vaut de l’oxygène. À cela s’ajoute le rôle de collectionneuses comme Mouna Ayoub ou Yu-Chi Lyra Kuo. On aime raconter le mécénat en termes romantiques ; mieux vaut y voir le mécanisme économique qui maintient en vie une couture d’auteur. Dullaert défend une couture savante et déliée, opulente et légère, assez vivante pour qu’on puisse, littéralement, bouger dedans. Le patrimoine devient chez lui un terrain de jeu.

The season’s through line rests on a single question: what is luxury made of, and according to which age? Dullaert reminds us that in Rembrandt’s day a deep black could cost more than gold, so much knowledge and labour did it hold. The argument is deft because it relativises: the prestige of a tone, of a cloth, of a gesture is manufactured, and it moves from one era to the next. His most accomplished piece, an entirely black creation worn by Gia Bab, condenses the whole idea into a single volume, where light grazes the material. The rest of the collection proceeds through deliberate frictions. The robe à la française and its Watteau pleat are reinvented in present-day construction; a reworked leopard revives the insolence of the 1920s; panne velvet, cut lace, macramé and embroideries drawn from chiné silks deploy a craft that at times borders on excess. The feat is to hold that excess at a distance from pastiche. Dullaert sets history in tension with the present rather than illustrating it, and that tension, more than the Rembrandt imprimatur, is what truly drives the show. The casting extends the argument with intelligence. The collection opens on the house muse, Anastasia, the picture of quiet assurance, and closes on Jade Parfitt, a manifesto-silhouette of the 1990s. The shortcut, from a Golden Age portrait to a Versace icon of the nineties, is a touch heavy-handed, yet it works: it proposes that each decade produces its figures, and that couture sees to making them last. One reads in it too, more prosaically, a sharp sense of image.

The most telling part plays out off the runway. Dullaert has just been named the first laureate of the New Crafts Awards, backed by Accor and the Fédération de la Haute Couture et de la Mode: institutional recognition that, for an independent house holding itself apart from the major groups, amounts to oxygen. To this is added the role of collectors such as Mouna Ayoub and Yu-Chi Lyra Kuo. We like to cast patronage in romantic terms; better to read in it the economic mechanism that keeps auteur couture alive. Dullaert defends a couture at once learned and fluid, opulent and light, alive enough that one can, quite literally, move inside it. In his hands, heritage becomes a playground.