Place, un dialogue ouvert entre lieu et architecture

L’exposition Place examine le caractère unique de chaque site, paysage et terrain sur lesquels travaille le cabinet Dorte Mandrup, dont le credo est que les bâtiments doivent s’accorder et respecter l’écosystème.

Connue pour travailler dans des lieux fragiles, l’architecte Dorte Mandrup s’appuie sur la tradition de construction scandinave, où les bâtiments se fondent dans le paysage. Depuis plus de vingt ans, son cabinet, situé à Copenhague, travaille à une architecture qui met en valeur les décors dans les lesquels elle se mêle habilement. Cette nouvelle exposition présente cinq projets uniques à la structure poétique. Chaque maquette est l’expression artistique naissant du lien essentiel entre le lieu choisi et l’architecture. 

 

Musée de l’Exil de Berlin, Allemagne

La Gare d’Anhalt (Anhalter Banhof) fut la plus grande gare d’Europe, et la plus fréquentée. Elle fut à son apogée dans les années 1920, où elle reliait Berlin à toutes les cités d’Europe du Sud. Avec l’arrivée des Nazis au pouvoir en 1933, la gare vécut le chapitre le plus noir de son histoire. Près de 9 600 citoyens juifs furent déportés de la Gare d’Anhalt et plus de 500 000 passèrent sous son portique pour fuir le régime nazi, contraints à l’exil. Le nouveau Musée de l’Exil redonnera vie aux histoires d’exil de la Deuxième Guerre Mondiale tout en braquant la lumière sur les millions de déplacés d’aujourd’hui.

Avec ses douces courbures en forme d’arches, le Musée de l’Exil épousera et mettra en relief les vestiges de la Gare d’Anhalt. L’objectif n’est pas de remplacer ni de reconstruire le hall historique de la gare. Le nouveau bâtiment rendra l’histoire visible et établira un dialogue entre le passé et le présent. Le hall d’entrée en forme de voûte est un vaste espace troué sur tous ses côtés d’ouvertures amples, qui laissent pénétrer la lumière du jour et créent des vues sur les espaces intérieurs et extérieurs. Pour pénétrer dans le musée depuis les ruines de la Gare d’Anhalt, le visiteur suivra le même chemin que les voyageurs d’autrefois qui passaient le portique d’entrée et traversaient dans le hall jusqu’aux voies, marchant ainsi sur les traces de ceux qui sont partis vers l’inconnu entre 1933 et 1945.

 

Ilulissat Icefjord Centre, Groenland

C’est dans le rude et sublime paysage arctique, au milieu de la neige et des glaces, que Dorte Mandrup a conçu l’Ilulissat Icefjord Centre sur les bords de ce site à la beauté sauvage, classé au patrimoine de l’UNESCO, et qui met en évidence les effets du changement climatique. Surplombant le fjord glacé de Kangia sur la côte ouest du Groenland, à 250 km du cercle polaire arctique, le bâtiment se fond sans façon dans le paysage. Sa position unique offre une vue époustouflante sur le fjord glacé et permet de comprendre les conséquences dramatiques du changement climatique sur ce paysage à couper le souffle.

La structure légère et aérodynamique du bâtiment paraît léviter.  Son design épouse les contours de ce paysage arctique si singulier. La structure complexe du bâtiment est assise sur un squelette de 50 tiges d’acier qui crée une forme de boomerang, reproduisant presque les restes d’un animal reposant sur le sol rocheux. Cette forme aérodynamique permet d’éviter l’accumulation de neige et permet au vent de balayer la neige de la façade. Lors de la fonte des neiges du printemps, l’eau suit son cours habituel sous le bâtiment pour se jeter dans le lac Sermermiut. Le toit constitue une extension naturelle du chemin pour les randonneurs de passage et mène les visiteurs jusqu’à l’un des plus beaux panoramas sur la masse des icebergs du fjord et sur les alentours.

 

The Whale, Norvège

À 300 km au nord du cercle polaire arctique se trouve Andenes, l’un de meilleurs sites au monde d’observation des baleines. C’est une petite ville entre des montagnes escarpées, l’immensité de la mer et un paysage sous-marin époustouflant. C’est cet environnement qui a défini le nouveau musée, The Whale. Placé au bord de la mer, The Whale s’élève naturellement le long d’une pente douce au sein de ce paysage rugueux, comme si un géant avait soulevé une mince couche de terre pour créer un nouveau relief.

Le paysage autour de The Whale joue un rôle prépondérant pour les lignes du musée. La forme du toit est définie par trois points en hauteur sur le site, et les fondations reflètent l’influence du paysage au-dessous. La surface du toit est recouverte de pierres brutes de la région, et de grandes baies vitrées ouvertes sur l’archipel soulignent le lien entre le paysage et l’édifice. Le musée, qui rappelle la queue d’une baleine et son comportement, cherche à s’adapter aux conditions naturelles. Le toit autoportant incurvé se transforme en point de vue spectaculaire sur lequel les visiteurs et résidents sont invités à se promener.

 

Wadden Sea Centre, Danemark

Le Wadden Sea Centre émerge d’une zone marécageuse aux tons ocres de la côte, près de Vester Vedsted au Danemark. Le bâtiment est implanté dans un paysage de lignes horizontales à perte de vue où le vent de l’ouest souffle sans répit sur quelques fermes isolées. Tant par la forme que par la matérialité, le Wadden Sea Centre est une continuation et une interprétation du lieu et des maisons traditionnelles au toit de chaume de la région. Le corps du bâtiment étiré s’aplatit en direction de l’horizon, attirant le visiteur vers la façade et l’entrée de l’exposition, racontant l’histoire des millions d’oiseaux migrateurs qui font chaque année une halte sur la mer des Wadden, pour se nourrir et préparer leur long voyage vers le sud. Le Wadden Sea Centre est une architecture contextuelle qui répond à des conditions exigeantes. Grâce à une synergie entre la nature, l’art et l’architecture, le projet fait prendre conscience de l’importance de ces zones humides classées au patrimoine mondial de l’UNESCO tout en contribuant au développement durable des zones rurales de la périphérie.

Le nouveau bâtiment fait corps avec le lieu préexistant et intègre l’ensemble du complexe de bâtiments dans le paysage. La transition entre le neuf et l’ancien se transmet par des poignées et clenches sculpturales, intégrées dans de longues découpes horizontales qui créent des surplombs, des auvents et des rencontres entre les surfaces diagonales et verticales. La toiture a été réalisée en roseaux selon une technique quasi-inchangée depuis l’époque viking. Les roseaux sont réinterprétés et réactualisés pour devenir un matériau de construction du Wadden Sea Centre, selon un design moderne et organique aux qualités tactiles et séduisantes.

 

Centre du patrimoine mondial Trilateral Wadden Sea, Allemagne

Quand un bunker de la Deuxième Guerre Mondiale est déjà présent sur un site, c’est lui qui décide des règles du jeu. Au lieu d’abolir le passé, le Centre du patrimoine mondial Trilateral Wadden Sea à Wilhelmshaven donne corps et rajeunit cette relique d’une guerre passée.  Autour du bâtiment, le site présente le cadre idéal pour un port militaire. Napoléon lui-même lorgnait du côté de cette baie et dans les années 1850, le développement du port à des fins militaires prit une véritable ampleur et entraîna l’urbanisation du site. Aujourd’hui, il ne reste que quelques vestiges des quartiers militaires sous la forme de ce seul bunker inamovible, qui se dresse tel un gigantesque rocher sur le fond marin. Le bunker est un point d’ancrage naturel dans cet espace plat et permet d’utiliser un minimum de terrain et de ressources. Le bunker est utilisé comme fondation de l’édifice et devient à la nuit tombée un phare ouvert et scintillant.

La construction primaire est un cadre en acier qui entourera et relèvera la structure préexistante. Le bunker sera utilisé comme espace d’exposition et son toit sera réinventé sous forme de cour intérieure, permettant ainsi à l’ensemble du bâtiment d’être baigné de lumière naturelle.  Le projet sera entièrement circonscrit par une couche de verre transparent, qui soulignera la valeur historique du site et délimitera une zone de transition entre l’extérieur et l’intérieur. Combiné à ces plaques de verre extérieures, le bunker régulera la température du bâtiment en le refroidissant en été et en le réchauffant en hiver.

À l’extérieur, l’architecture du paysage s’accorde avec le climat de Wilhelmshaven, grâce à plusieurs séries de bassins naturels qui se rempliront et draineront l’eau de pluie en fonction des précipitations. De jour, le bâtiment ressemblera à la surface des bassins d’eau de pluie. La nuit, son expression sera celle d’un phare visible à une grande distance, symbole de la collaboration trilatérale réunie en ce lieu dans le but de préserver et de sauvegarder ce précieux écosystème.

 

Place –  Dorte Mandrup
Architecture et paysage en symbiose
Jusqu’au 06 novembre 2022
Le Bicolore – Maison du Danemark
142 Avenue des Champs-Élysées 75008 Paris
www.lebicolore.dk

 

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