COLINE RIO

Avec Maison, son deuxième album sorti en octobre, la chanteuse française cesse de chercher ses mots, elle les habite.

Le titre dit tout, et pourtant rien encore. Maison. Quatre lettres qui, dans la bouche de Coline Rio, n’évoquent ni le confort bourgeois ni la nostalgie sucrée, mais quelque chose de plus exigeant : un espace intérieur à construire, à mériter, à défendre. Un territoire du soi que personne d’autre ne peut vous offrir.

Ce deuxième album de douze titres, sortie en octobre dernier, marque un tournant net dans la trajectoire de cette auteure-compositrice nantaise de presque trente ans. Depuis Ce qu’il restera de nous, son premier disque, puis l’EP Ce qui nous lie en 2024, Coline Rio s’est installée dans la chanson française avec la discrétion têtue de ceux qui préfèrent durer plutôt qu’éclater. Cent trente concerts plus tard, dont un Trianon de Paris archi-comble en septembre dernier, la question n’est plus de savoir si elle existe mais jusqu’où elle peut aller.

La réponse tient dans ces douze chansons, composées entre retraites créatives dans le Cantal, la Drôme provençale et Nantes, et enregistrées dans un éclectisme assumé : une ferme normande pour les premières maquettes, les Studios Ferber à Paris pour les bases rythmiques, et jusqu’à Skopje pour y enregistrer un orchestre de vingt-six cordes. Ce grand écart géographique dit quelque chose de l’ambition de l’album : ancré dans une folk intimiste, il déborde pourtant de toutes parts.

With Maison, her second album released this October, the French singer has stopped searching for words — she inhabits them.

The title says everything, and yet nothing at all. Maison. Four letters that, in Coline Rio’s voice, conjure neither bourgeois comfort nor saccharine nostalgia, but something more demanding: an inner space to be built, earned, and defended. A territory of the self that no one else can hand you.

This second album of twelve tracks marks a decisive turn in the trajectory of this almost-thirty Nantes-born singer-songwriter. Since Ce qu’il restera de nous, her debut record, and the EP Ce qui nous lie in 2024, Coline Rio has settled into the French chanson with the quiet obstinacy of those who prefer to endure rather than dazzle. One hundred and thirty concerts later — including a sold-out Trianon in Paris last September — the question is no longer whether she exists, but how far she can go.

The answer lives in these twelve songs, composed across creative retreats in the Cantal, the Drome, and Nantes, and recorded with deliberate eclecticism: a Norman farmhouse for the early demos, Studios Ferber in Paris for the rhythmic foundations, and as far as Skopje to record a twenty-six-piece string orchestra. The geographical leap speaks to the album’s ambition: rooted in intimate folk, it spills beyond all borders.

Maison s’ouvre sur Sous la peau, chanson hypnotique qui pose la question fondatrice de l’album : que fait-on de ses blessures ? On ne les efface pas, répond Coline Rio, on les transforme. Ce fil conducteur traverse tout l’album, jusqu’à Refuge, conclusion sobre et puissante sur la capacité à se reconstruire par soi-même, sans attendre le salut de l’autre. Entre les deux, la chanteuse explore ses pièces une à une : la dépression amoureuse (Manteau chagrin, écrit d’une traite le dernier jour de studio, comme une urgence), la lettre à sa future elle-même (Lettre à soi), le portrait émouvant de sa grand-mère apparue dans un rêve.

Mais Coline Rio ne se referme jamais totalement sur elle-même. Les louves, portée par les cordes de Macédoine, est une ode cinématographique aux femmes libres. La nouvelle lune chante la résistance des peuples opprimés avec une sobriété qui touche juste. Et La gentillesse, co-écrite avec Barbara Pravi, ose ériger en chanson ce que l’époque traite volontiers comme une naïveté.

Ce qui distingue Maison des albums de bonne volonté, c’est précisément cela : la sincérité n’y est pas une posture. Elle est une méthode. Coline Rio ne performe pas l’émotion, elle la traverse, et nous entraîne avec elle.

@coline_rio

Maison opens with Sous la peau, a hypnotic song that poses the album’s founding question: what do we do with our wounds? We don’t erase them, answers Coline Rio — we transform them. This thread runs through the entire record, from its first breath to Refuge, a spare and powerful closing statement on the capacity to rebuild oneself, without waiting for another to save you. Between these two poles, the singer moves from room to room: the grief of a love gone numb (Manteau chagrin, written in a single sitting on the last day in the studio, as if under urgency), a letter to her future self (Lettre à soi), a moving portrait of her grandmother, glimpsed in a dream.

But Coline Rio never fully turns inward. Les louves, carried by the Macedonian strings, is a cinematic ode to free women. La nouvelle lune sings of the resistance of oppressed peoples with a restraint that strikes true. And La gentillesse, co-written with Barbara Pravi, dares to raise to the level of song something the era dismisses, too readily, as naïveté.

What sets Maison apart from albums of merely good intentions is precisely this: sincerity here is not a pose. It is a method. Coline Rio does not perform emotion — she moves through it, and takes us with her.

@coline_rio

Maison I Coline Rio

 

Crédits::
Photo: Augustin Granger
Vidéo: Alice Peng
Art Direction: Dorothée Evouna
MakeUp: Ly Anne Babef
Hair: Taily Saphir
Styling: Mélissa Zaher
Art Direction Ass. : Flora Duarte
Styling Ass.:Luckily Poortman
Location: Eurêka 34

Styling:
Photo1
Top MOLLY BRACKEN
Jupe / Skirt AGNES B
Cuissardes / Thigh high boots LAURENCE DECADE

Photo 2
Veste / Jacket ANTIK BATIK
Collants / Tights MAISON CLOSE
Bijoux / Jewels HÉLÈNE ZUBELDIA