ALEXIS MICHALIK
Acteur, auteur, metteur en scène, Alexis Michalik cumule les casquettes avec une aisance déconcertante. Dans Intraçables, thriller numérique disponible sur Prime Video, il incarne David, père de famille solaire dont les secrets ressurgissent après sa mort. Rencontre avec un homme qui connaît bien les doubles vies.
Dans Intraçables, vous jouez David, un homme que l’on ne découvre qu’à travers le regard de sa femme et de son fils, et dont les secrets refont surface longtemps après sa mort. Comment construit-on un personnage aussi central par son absence ?
Il y a deux visages à David. Dans la première partie, c’est le père de famille idéal — lumineux, amoureux, heureux. Et puis, au fil des épisodes, quand on remonte dans son passé, une face plus sombre apparaît. C’était vraiment chouette de pouvoir passer de l’un à l’autre : jouer quelqu’un de totalement joyeux et basculer progressivement vers quelque chose de plus ambigu, de moins binaire. Un vrai challenge.
Avez-vous construit un « hors-champ » pour ce personnage, une vie secrète que vous seul connaissez et que la série ne montre pas ?
Chaque acteur a sa méthode, mais moi, j’ai tendance à vouloir sauver mon personnage. Lui trouver des raisons, lui fabriquer des justifications pour ses actes. Pas l’inventer entièrement, plutôt lui donner de l’empathie, un espace intérieur où ses choix ont du sens, même les moins reluisants.
Quand vous avez lu le scénario pour la première fois, quelle a été votre réaction ?
Un page-turner. J’arrivais à la fin de chaque épisode en voulant immédiatement lire le suivant. Ce qui était drôle, c’est que mon personnage meurt dans les dix premières minutes, donc j’ai d’abord pensé : bon, très bien. Et puis j’ai continué à lire, et j’ai réalisé que c’était encore plus riche et complexe que ce que j’imaginais.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de rejoindre le projet ? L’adrénaline du thriller, ou quelque chose de plus intime ?
Quel que soit le genre, ce qui m’attire en premier, c’est la qualité du scénario. Est-ce que les dialogues sont à la hauteur ? Est-ce qu’on a envie de suivre l’histoire ? Est-ce qu’on s’attache aux personnages ? Ensuite, il y a le casting humain. Sofia Essaïdi, dont j’appréciais déjà le travail. Et Louis Farge, le réalisateur, dont on m’avait parlé avec des termes extrêmement élogieux. Dès qu’on s’est rencontrés, je me suis dit : j’ai envie de passer deux mois sur un plateau en Suisse avec cet homme.
Le thriller est partout sur les plateformes. Qu’est-ce qui distingue Intraçables ?
D’abord, l’écriture. C’est une série bouclée en six épisodes, et d’épisode en épisode, l’intérêt monte vraiment. Pas d’épisodes tampon, pas de temps mort. Gérer le rythme sur la durée, créer une attente constante, c’est une grande qualité d’auteur. Et puis il y a les paysages. C’est assez rare qu’un thriller se déroule en Suisse. Les montagnes, la nature, la lumière, il y a quelque chose d’un peu à l’américaine, mais pas tout à fait. Quelque chose de différent.
Intraçables est une coproduction franco-suisse adaptée par une équipe d’auteurs suisses. Avez-vous senti une sensibilité différente dans l’écriture ?
Dans l’écriture, pas forcément. Sur le plateau, oui. On tournait dans une grande vallée entre les montagnes — une sérénité absolue. La Suisse, c’est le pays du calme : à quelques minutes des sommets enneigés, tout est réuni pour que les choses se passent bien. Ça se transmet dans la façon d’être et de travailler. Oh, et le régime alimentaire à base de fromages fondus. Ça, c’était une différence notable.
Actor, playwright, director, Alexis Michalik wears his many hats with disarming ease. In Intraçables, a digital thriller now streaming on Prime Video, he plays David, the radiant family man whose secrets surface long after his death. A conversation with a man who knows a great deal about double lives.
In Intraçables, you play David — a man we only ever encounter through the eyes of his wife and son, a character who looms larger in absence than in presence. How do you build a role so defined by what is withheld?
David has two faces. In the first part, he is the ideal father — luminous, loving, full of life. Then, as the episodes dig back into his past, a darker side begins to emerge. What I found genuinely thrilling was moving between those two registers: playing someone utterly joyful, then watching that slowly shade into something more ambiguous, less clear-cut. A real challenge, in the best sense.
Did you construct an interior life for him — a secret history that only you know, one the series never shows?
Every actor has their own method, but mine tends to be about saving the character. Finding reasons for him, building justifications for his choices. Not inventing him wholesale, but giving him empathy — an inner space where even his least admirable decisions feel coherent from the inside.
When you first read the script, what was your immediate reaction?
It was a page-turner. I finished each episode wanting to start the next one immediately. What made me laugh was that my character dies in the first ten minutes — so my first thought was, fine, that’s straightforward. And then I kept reading, and I realised the thing was far richer and more layered than I had imagined.
What ultimately convinced you to take the role? The adrenaline of the thriller, or something more personal?
Whatever the genre, what draws me in first is always the quality of the writing. Are the dialogues alive? Do I want to follow the story? Do I care about the people in it? Then comes the human cast — Sofia Essaïdi, whose work I had long admired. And Louis Farge, the director, about whom I had heard nothing but the most glowing accounts. The moment we met, I thought: I want to spend two months on a set in Switzerland with this man.
The thriller is everywhere on streaming platforms. What sets Intraçables apart?
The writing, first and foremost. Six episodes, tightly wound, and the tension genuinely builds from one to the next. No filler episodes, no dead air. Sustaining rhythm over a series, creating a sense of constant expectation — that is real craft. And then there are the landscapes. It is quite rare for a thriller to unfold in Switzerland. The mountains, the light, the natural world — there is something almost American about it, but not quite. Something distinct.
The series is a Franco-Swiss co-production, adapted by a Swiss writing team. Could you sense a different sensibility at work?
In the writing itself, not particularly. On set, absolutely. We were shooting in a vast valley nestled between the mountains — an atmosphere of total serenity. Switzerland is a country of calm: the snow-capped peaks are minutes away, and something in that setting makes everything run more smoothly. It seeps into the way people work, the way they are with one another. And, I should add: the diet based almost entirely on melted cheese. That was a notable difference.
La série pose une question radicale : et si disparaître du monde numérique était la seule façon de survivre ? Vous-même, êtes-vous du genre à décrocher ou impossible à débrancher ?
Complètement esclave de la technologie. J’adore les gadgets, je photographie tout avec mon téléphone, je suis ultra connecté. Mais j’assume, je suis en paix avec ça. Il y a quelque chose de grisant dans le fait de pouvoir être partout à la fois, de suivre l’actualité en direct, de dialoguer avec tout le monde simultanément. Ça ne m’a jamais réellement effrayé.
La mort numérique — plus de téléphone, plus de carte bleue, plus d’identité en ligne — c’est une dystopie ou un fantasme ?
Pas un cauchemar, non. L’idée de disparaître et de se réinventer ailleurs, c’est une thématique récurrente dans mes pièces. Dans mon roman Loin, c’est même le cœur du sujet : un père qui s’est éclipsé et passé sa vie à se réinventer au bout du monde. Il y a quelque chose de romanesque dans cette idée de table rase. Ce qui me retiendrait, ce sont mes connexions : mes amis, ma famille. Disparaître électroniquement, soit. Mais disparaître d’eux, c’est autre chose.
Vous êtes habituellement auteur et metteur en scène. Qu’est-ce que ça fait d’être dirigé plutôt que de diriger ?
C’est les vacances ! Non, je plaisante, c’est un vrai travail. Mais c’est un plaisir profondément différent. L’écriture, c’est un plaisir solitaire. La mise en scène, c’est le plaisir du chef d’équipe : toute la responsabilité sur les épaules. Le jeu, c’est autre chose, être l’instrument, se mettre au service d’une vision, être un vaisseau pour les émotions. Les trois se complètent bien.
Et qu’est-ce que votre expérience de metteur en scène vous a apporté comme acteur ?
D’abord, un respect profond du métier. Je sais ce que c’est de gérer un plateau, donc j’essaie d’être le moins lourd possible. Ça m’a aussi appris à dézoomer : en tant qu’acteur, je suis un maillon dans une chaîne. Pas le cœur du projet. Ça évacue l’ego. Et dans l’autre sens, être acteur m’a appris à diriger. Je sais ce que les acteurs aiment, ce qui leur fait plaisir, comment leur parler pour les amener là où je veux les amener. Je sais ce que c’est d’être de l’autre côté.
Théâtre, cinéma, série… Quel format vous résiste encore le plus ?
Il y a encore plein de terrains à explorer. L’opéra, la bande dessinée… J’ai même envie de concevoir un escape game un jour. Et pour l’immédiat : je prépare ma prochaine pièce, qui devrait être créée en janvier.
Dernière question. Si vous deviez disparaître numériquement pendant un mois, où iriez-vous vous cacher ?
Au soleil, sur une île. Tahiti, ce serait parfait, on est vraiment loin de tout. Le plus loin possible, mais avec du soleil et la mer.
The series poses a fairly radical question: what if vanishing from the digital world were the only way to survive? Are you someone who disconnects, or are you permanently plugged in?
Completely enslaved to technology, I’m afraid. I love gadgets, I photograph everything with my phone, I am relentlessly connected. But I own it — I’m at peace with it. There is something exhilarating about being everywhere at once, following the news in real time, talking to people across the world simultaneously. It has never genuinely frightened me.
Digital death — no phone, no bank card, no online identity — is that a dystopia or a secret fantasy?
Not a nightmare, no. The idea of disappearing and reinventing yourself somewhere else is actually a recurring theme in my work. In my novel Loin, it is the very heart of the story: a father who vanishes and spends his life remaking himself at the ends of the earth. There is something deeply romantic about the notion of a clean slate. What would hold me back is my connections — my friends, my family. Erasing myself digitally, perhaps. But disappearing from them — that is another matter entirely.
You are usually the one writing and directing. What does it feel like to be guided, rather than to guide?
It’s a holiday! — no, that’s not quite right, it is real work. But it is a profoundly different pleasure. Writing is a solitary pleasure. Directing is the pleasure of leading a team, with all the weight of responsibility that entails. Acting is something else again: being the instrument, placing yourself in service of someone else’s vision, becoming a vessel for emotion. The three complement each other rather well.
And what has your experience as a director given you as an actor?
Above all, a deep respect for the craft. I know what it costs to run a set, so I try to be as undemanding as possible. It has also taught me to zoom out: as an actor, I am one link in a chain, not the centre of the project. That keeps the ego in check. And the reverse is equally true — being an actor has made me a better director. I know what actors respond to, what gives them pleasure, how to speak to them in a way that brings them to where you need them to be. I know what it is to be on the other side.
Theatre, cinema, series — what format still eludes you?
There is still so much terrain to explore. Opera. Comics. I have even entertained the idea of designing an escape room one day. And more immediately: I am preparing my next play, which should open in January.
One last question. If you had to go dark digitally for a month, where would you disappear to?
Somewhere sunny. An island. Tahiti would be perfect — you really are at the far edge of everything. As far away as possible, but with sun and the sea.

INTRAÇABLES
Créée par Ami Cohen, Raphaël Meyer
Avec Sofia Essaïdi, Arcadi Radeff, Alexis Michalik
Disponible sur Prime Vide
Created by Ami Cohen and Raphaël Meyer
Starring Sofia Essaïdi, Arcadi Radeff, Alexis Michalik
Now streaming on Prime Video
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