LUCIA PASSANITI
Il a fallu du temps. Du doute, des creux, des représentations difficiles et des tournages qui apprennent. Lucia Passaniti est arrivée quelque part — pas à destination, elle n’y croit pas — mais dans cet endroit où l’on sait, sans se justifier, que c’est ce qu’on devait faire.
Dans la saison deux d’À Priori, vous portez la série seule, sans Bruno Salomone à vos côtés. Comment avez-vous vécu ce changement de position ?
En réalité, j’étais déjà le personnage principal dans la saison une. Seulement, j’avais Bruno — une sorte de grand frère de cinéma, quelqu’un d’expérimenté sur qui je pouvais m’appuyer, dont je me nourrissais en permanence. Ça a été une très bonne école. Dans cette saison deux, tout s’est inversé : je me suis retrouvée face à quelqu’un qui n’avait aucune expérience, qui le savait parfaitement, et qui arrivait avec une vraie humilité. C’est moi qui ai dû devenir le mentor — ce qui m’a fait très peur au début. Mais ça m’a obligée à ne pas me laisser aller dans mes travers habituels. Moi, je peux douter énormément. Là, je n’avais pas le droit. Il fallait être solide pour le mettre à l’aise, le porter, lui permettre de donner le meilleur. Et finalement, c’est lui qui m’a aidée à avoir confiance en moi.
N’aviez-vous pas peur de travailler avec quelqu’un qui n’est pas acteur de métier ?
Si, bien sûr. Mais Florent a passé un vrai casting — il n’a pas débarqué par hasard. Ensuite, il a été coaché. Tout le monde est arrivé sur le plateau en ayant conscience des risques et avec l’envie de travailler sérieusement. Et lui était d’une écoute absolue, en demande constante. Il me demandait ce que je pensais, je pouvais le conseiller. On a vraiment formé un duo. C’était au fond très rassurant.
Un duo différent de celui formé avec Bruno Salomone, j’imagine ?Complètement différent, oui — parce que ce sont des personnes différentes, qui apportent des choses différentes à Iris et qui la font évoluer autrement. Mais le principe reste le même : un antagonisme, quelqu’un qui la sort sans cesse de sa zone de confort. C’est l’ADN de la série.
La série était disponible en streaming avant sa première diffusion. L’avez-vous regardée ?
J’ai vu le premier épisode lors de l’avant-première. Pas plus. Longtemps, me regarder à l’écran était quelque chose d’horrible, je voyais uniquement ce que les autres ne voient pas, toutes les petites imperfections invisibles au spectateur ordinaire. J’essaie de m’y forcer, parce que c’est important pour progresser. Est-ce que j’arriverai à regarder les dix épisodes ? Je ne peux pas le promettre, c’est encore douloureux, d’autant que je suis dans absolument toutes les scènes. Mais il y a de petites apparitions sonores de Bruno, et ça, ça me donne vraiment envie.
Vous étiez au théâtre dans Souvenirs d’un monde qui n’est pas le mien. Comment décririez-vous cette pièce à quelqu’un qui ne connaît pas l’univers d’Éric Lepage ?
C’est une tempête qu’on se prend en pleine figure. Deux personnes se rencontrent à l’hôpital — a priori, rien ne les lie — et se retrouvent autour d’une valise. Dans cette valise, ce sont les souvenirs des ancêtres d’Éric : des histoires vraies, qui nous font traverser la Première Guerre mondiale, la Seconde, la Résistance mais une résistance vue des deux bords, une communiste lituanienne d’un côté, un gaulliste de l’autre. Des destins liés sans jamais s’être croisés. La grande force du spectacle, c’est d’être aussi grave qu’il le faut et aussi drôle qu’on peut se le permettre. Notre militaire, par exemple, on en a fait un personnage un peu décalé — on n’avait aucune envie de faire l’apologie de l’armée. C’est tout ça à la fois : une comédie et une grosse tragédie. Seize personnages, deux comédiens. Un joyeux bordel.
La Reine Blanche est une petite salle très intimiste. Cette proximité avec le public change-t-elle votre façon de jouer ?
D’une certaine façon, passé un certain nombre de spectateurs, la jauge ne veut plus dire grand-chose, on ne voit plus rien, on a la lumière dans les yeux. Mais à la Reine Blanche, le plateau est assez grand pour que les rangées soient peu nombreuses. Il y a des moments où l’on voit jusqu’au dernier rang, ce qui est très rare. Et comme on brise constamment le quatrième mur dans ce spectacle, sentir les gens, pouvoir les regarder dans les yeux, c’est un vrai plaisir. Un peu troublant par moments, il faut bien choisir ses instants, mais profondément agréable. On crée quelque chose d’intime avec eux.
Physiquement, qu’est-ce qui distingue fondamentalement le jeu à la scène du jeu face à la caméra ?
Au théâtre, on répète longuement pour que tout soit suffisamment ancré et pourtant, chaque représentation est différente. Il ne faut même pas essayer de reproduire exactement la même chose, ça n’arrivera pas. Il y a des soirs de grâce, il y a des soirs difficiles, et il faut l’accepter. Au cinéma, on peut passer deux, trois, quatre heures sur une séquence pour atteindre un moment parfait et ce moment-là, il est gravé. Ce n’est pas la même mise en danger, pas le même risque. Et puis il y a ce truc essentiel : à l’image, on joue beaucoup plus petit. La caméra voit tout, décuple tout, quelque chose qui serait juste au théâtre devient trop fort à l’écran. Il faut être subtil, travailler sur de très petites choses. Alors qu’au théâtre, tout doit respirer très fort pour atteindre le dernier rang.
Si vous deviez choisir l’un ou l’autre ?
J’aurais du mal. Mais je dois être honnête : j’ai une légère préférence pour l’image. Ce que j’aime par-dessus tout, ce sont les phases de création — les répétitions, les recherches, les erreurs, les recommencements. Au théâtre, une fois que le spectacle tourne, on perd un peu cet espace-là. Au cinéma, cette quête dure jusqu’au bout du tournage. Cela dit, j’aimerais bien garder les deux
Qu’avez-vous ressenti à la dernière représentation ?
De la tristesse, vraiment. On a joué pendant trois semaines, et c’est à ce moment qu’on a commencé à vraiment trouver nos libertés à l’intérieur de nos contraintes, à être totalement à l’aise. On se dit : si on avait encore un peu de temps… C’est un peu frustrant. En même temps, je sais que je retrouverai ces personnages, il y a une tournée qui se prépare, même si les dates ne sont pas encore fixées. Ce n’est pas vraiment dernier soir. Le jour où ce le sera, là, ils vont beaucoup me manquer.
It took time. Doubt, dry spells, hard performances and shoots that teach. Lucia Passaniti has arrived somewhere — not at a destination, she doesn’t believe in those — but at that place where you know, without having to justify it, that this is what you were always meant to do.
In the second season of À Priori, you carry the series on your own, without Bruno Salomone by your side. How did you experience that shift in position?
In truth, I was already the main character in season one. Only, I had Bruno — a kind of older brother on set, someone experienced I could lean on, feed off constantly. It was a wonderful school. In season two, everything inverted: I found myself opposite someone with no acting experience whatsoever, who knew it perfectly well and arrived with real humility. I was the one who had to become the mentor — which frightened me at first. But it forced me not to sink into my usual habits. I can doubt enormously. There, I didn’t have that right. I had to be solid to put him at ease, to carry him, to allow him to give his best. And in the end, it was he who helped me believe in myself.
Weren’t you afraid of working with someone who isn’t a trained actor?
Of course I was. But Florent went through a real casting process — he didn’t just appear out of nowhere. He was coached. Everyone arrived on set aware of the risks and genuinely willing to work. And he was absolutely present, constantly asking questions, wanting feedback. I could guide him. We truly formed a duo. Underneath it all, that was deeply reassuring.
A different kind of duo from the one you’d built with Bruno Salomone, I imagine?
Completely different — because they are different people, who bring different things to Iris and push her to evolve in different ways. But the principle remains the same: an antagonism, someone who constantly pulls her out of her comfort zone. That’s the series’ DNA.
The series was available to stream before its broadcast premiere. Did you watch it?
I saw the first episode at the premiere screening. No more than that. For a long time, watching myself on screen was something horrifying — I could only see what no one else sees, all the tiny imperfections invisible to the ordinary viewer. I try to force myself, because it matters for growth. Whether I’ll manage to watch all ten episodes, I honestly can’t promise — it’s still painful, especially since I’m in absolutely every scene. But there are small audio appearances from Bruno, and that, genuinely, makes me want to.
You were onstage in Souvenirs d’un monde qui n’est pas le mien. How would you describe the show to someone unfamiliar with Éric Lepage’s world?
It’s a storm that hits you full in the face. Two people meet in a hospital — on the surface, nothing connects them — and find themselves drawn together around a suitcase. Inside the suitcase are the memories of Éric’s ancestors: true stories, which take us through the First World War, the Second, the Resistance — but a Resistance seen from both sides, a Lithuanian communist on one hand, a Gaullist on the other. Lives bound together without ever having crossed. The great strength of the show is being as grave as it needs to be and as funny as it dares. Our soldier, for instance — we made him a slightly off-kilter character; we had absolutely no desire to glorify the military. It’s all of it at once: a comedy and a vast tragedy. Sixteen characters, two performers. A joyful mess.
La Reine Blanche is an intimate, small theatre. Does that closeness with the audience change the way you play?
In a way, beyond a certain number of spectators, the size stops meaning much — you see nothing, the lights are in your eyes. But at La Reine Blanche, the stage is large enough that the rows are few. There are moments where you can see all the way to the back, which is incredibly rare. And since we constantly break the fourth wall in this show, feeling the people there, being able to look them in the eye — it’s a real pleasure. A little unsettling at times; you have to choose your moments carefully. But profoundly enjoyable. You build something intimate with them.
Physically, what fundamentally distinguishes stage acting from working in front of a camera?
In theatre, you rehearse at length so that everything is sufficiently rooted — and yet every performance is different. You can’t even try to reproduce exactly the same thing; it won’t happen. There are nights of grace, there are difficult nights, and you have to accept that. In cinema, you can spend two, three, four hours on a single sequence to reach one perfect moment, and that moment is fixed forever. It’s not the same kind of exposure, not the same risk. And then there’s this essential thing: on screen, you play much smaller. The camera sees everything, amplifies everything — something that would read correctly in theatre becomes too much on screen. You have to be subtle, work on very small things. Whereas in theatre, everything must breathe loudly to reach the last row.
If you had to choose between the two?
I’d struggle. But I should be honest: I have a slight preference for the screen. What I love above all are the phases of creation — rehearsals, research, mistakes, starting over. In theatre, once the show is running, you lose some of that space. In film, the search lasts right through to the end of the shoot. That said, I’d very much like to keep both.
What did you feel at the final performance?
Sadness, genuinely. We’d been playing for three weeks, and it was right at the end that we began to truly find our freedoms within our constraints, to be fully at ease. You tell yourself: if only we had a little more time… It’s slightly frustrating. At the same time, I know I’ll find those characters again — there’s a tour in the making, even if the dates aren’t set yet. It wasn’t really a last night. The day it truly is, they’ll be greatly missed.
Vous animez le podcast L’Art et les Manières. Quelle conversation vous a le plus bousculée dans votre rapport à votre métier ?
Il y en a deux. La première, c’est l’épisode avec Liv Del Estal. Elle était dans un moment de grande fragilité et nous a fait un cadeau immense en acceptant de parler. L’enregistrement a duré quatre heures, j’ai beaucoup coupé pour en faire un épisode d’une heure. Elle était d’une ouverture folle, et elle a mis des mots sur des choses que je vivais sans les avoir jamais nommées. On est devenues amies ce jour-là. Ça m’a bousculée profondément : je me suis dit, ah, c’est ça que je vis depuis tout ce temps. La deuxième, c’est Esther Rollande, le dernier épisode sorti. C’était la première fois que je rencontrais quelqu’un dans ce métier qui n’avait aucun problème à être positif, à dire qu’elle s’aimait, qu’elle avait confiance, qu’elle était bien. On parle tellement de névrose, d’angoisse, de doute dans ce milieu… Et là, face à elle, je me suis dit : on peut. On peut juste croire que c’est possible.
Ce podcast parle beaucoup des angoisses et du syndrome de l’imposteur. Ça vous a aidée à apprivoiser les vôtres ?
Oui, absolument et c’est pour ça que je l’ai créé. Je voyais mes propres angoisses, je voyais ce décalage permanent entre ce que les gens perçoivent de l’extérieur et ce qu’on vit réellement au moment où l’on crée. Les gens reçoivent quelque chose et imaginent qu’on est dans un état de grâce. C’est rarement ce qu’on vit. J’avais envie d’être honnête sur la difficulté de ce métier — les réseaux sociaux enjolivent tout. Mais surtout, j’avais besoin de dire : on vit tous la même chose. On passe par les mêmes doutes, les mêmes peurs, les mêmes envies d’abandonner. Et on trouve tous, d’une façon ou d’une autre, la force de continuer. À chaque épisode, il y a quelque chose qui me parle pile là où j’en suis. C’est fou. Chaque conversation est une leçon.
C’est quoi, la vie d’artiste pour vous, en ce moment ?
Des montagnes russes. C’est toujours tout ou rien — soit le calme plat, soit on court dans tous les sens. J’ai été quelqu’un de très anxieux, j’ai eu du mal à me faire confiance pendant longtemps. Mais je suis enfin dans une phase d’apaisement. Même si je ne sais pas ce que je ferai demain, j’ai confiance. Je sais que les périodes de creux sont suivies de périodes pleines. J’arrive à traverser les grosses angoisses en me disant que ça va aller. Et ça, c’est une vraie nouveauté. Je me donne ma légitimité et j’ai l’impression qu’on commence à me la donner aussi.
Actrice, podcasteuse, femme de théâtre, bientôt autrice — vous cherchez quelque chose de précis à travers toutes ces formes d’expression ?
À m’exprimer, simplement. Je ne vois pas pourquoi on s’obligerait à se réduire à une seule forme. J’ai plein d’émotions, des choses à dire, des choses à raconter, alors je trouve les moyens. J’écris aussi beaucoup, rien n’est encore sorti, mais ça viendra. J’ai une voix, et je prends de plus en plus de plaisir à l’utiliser.
Il y a aussi une peur d’être enfermée dans une case ?
Oui, très clairement. J’ai besoin de mouvement en permanence. Dès que je m’installe trop quelque part, ça m’angoisse. Je crois que c’est dans la mise en danger qu’on se dépasse, qu’on invente, qu’on s’améliore. Quand j’ai le sentiment d’avoir fait le tour d’un endroit, j’ai besoin d’aller chercher ailleurs.
Considérez-vous que votre rôle d’artiste est politique ?
Complètement. Certains artistes préfèrent dire le contraire, je l’entends, même si je ne le comprends pas vraiment. Moi, je n’ai pas envie de faire de la politique au sens partisan du terme. Mais toute œuvre s’inscrit dans un contexte social, raconte quelque chose du monde. Prétendre le contraire, c’est un peu se raconter des histoires. On prend toujours un parti, qu’on le veuille ou non. Et on a une responsabilité là-dedans : les émotions qu’on provoque vont avoir un impact, quoi qu’on fasse. Autant en avoir conscience pour que cet impact soit celui qu’on souhaite réellement avoir.
À quel moment en avez-vous pris pleinement conscience ?
Avec Souvenirs d’un monde qui n’est pas le mien. C’est une pièce qui parle de résistance, de fascisme, d’une histoire qui se répète et elle est en train de se répéter, c’est une réalité. On joue beaucoup devant des scolaires, des adolescents qui ne connaissent pas forcément cette période. Rappeler que l’extrême droite, ce n’est pas une option fantaisiste, c’est dangereux — je trouve ça fondamental. Et l’art a cette force unique : ce n’est pas un discours, pas des chiffres incompréhensibles, pas une étude sociologique. C’est un message porté par l’émotion. C’est notre arme à nous.
Si vous deviez résumer votre rapport à l’art en quelques mots — pas les plus jolis, les plus justes ?
Vital. Mon rapport à l’art est vital. J’ai besoin d’en voir, d’en faire, de m’y confronter en permanence. Il me permet de m’exprimer et de m’équilibrer. Sans ça, je ne sais pas très bien qui je serais
À Priori, saison 2 – sur France 2 et disponible en streaming.
Podcast L’Art et les Manières.
You host the podcast L’Art et les Manières. Which conversation has most unsettled your relationship with your craft?
Two of them. The first is the episode with Liv Del Estal. She was in a place of great fragility and gave us an extraordinary gift by agreeing to speak. The recording lasted four hours; I cut a great deal to make it a one-hour episode. She was wildly open, and she put into words things I had been living without ever naming them. We became friends that day. It shook me deeply: I thought, ah, so that’s what I’ve been living with all this time. The second is Esther Rollande, the most recent episode released. It was the first time I had met someone in this profession who had absolutely no trouble being positive — saying she liked herself, that she had confidence, that she was well. We talk so much about neurosis, anxiety, self-doubt in this world… And there, facing her, I thought: it’s possible. You can simply believe it’s possible.
The podcast deals at length with anxiety and impostor syndrome. Has it helped you make peace with your own?
Yes, absolutely and that’s why I created it. I could see my own anxiety, see that permanent gap between what people perceive from the outside and what you actually live through in the moment of making something. People receive a work and imagine you were in a state of grace. That’s rarely what it feels like. I wanted to be honest about how hard this profession is — social media glamourises everything. But above all, I needed to say: we all live the same thing. We all go through the same doubts, the same fears, the same desire to give up. And we all find, one way or another, the strength to go on. In every episode, something speaks to exactly where I am at that moment. It’s extraordinary. Every conversation is a lesson.
What does the artist’s life look like for you, right now?
A rollercoaster. It’s always all or nothing — either dead calm, or running in every direction at once. I used to be someone very anxious, someone who struggled to trust herself for a long time. But I’m finally in a phase of calm. Even if I don’t know what tomorrow holds, I have faith. I know that lean periods are followed by full ones. I can now move through the deep anxieties telling myself it will be alright. And that, genuinely, is something new. I give myself my own legitimacy, and I get the feeling that others are beginning to give it to me too.
Actress, podcaster, theatre artist, soon to be a writer — are you looking for something specific across all these forms of expression?
To express myself, simply. I don’t see why we should force ourselves to be reduced to a single form. I have a great many emotions, things to say, things to tell — so I find the means. I also write a great deal; nothing has come out yet, but it will. I have a voice, and I’m taking more and more pleasure in using it.
Is there also a fear of being confined to a single box?
Yes, quite clearly. I need movement constantly. The moment I settle too comfortably somewhere, it unsettles me. I think it’s in placing yourself at risk that you surpass yourself, that you invent, that you improve. When I feel I’ve exhausted a place, I need to go searching elsewhere.
Do you consider your role as an artist to be political?
Entirely. Some artists prefer to say the opposite — I hear that, even if I don’t really understand it. I have no desire to do politics in the partisan sense. But every work exists within a social context, tells something about the world. To pretend otherwise is, in a way, to tell yourself stories. You always take a side, whether you want to or not. And there’s a responsibility in that: the emotions you provoke will have an impact, whatever you do. Better to be conscious of that, so the impact is the one you genuinely want to create.
When did you become fully aware of that?
With Souvenirs d’un monde qui n’est pas le mien. It’s a play about resistance, about fascism, about a history that repeats — and it is repeating, that’s a reality. We play often to school groups, to adolescents who may not know this period. To remind people that the far right is not a fantastical option — that it’s dangerous — I find that fundamental. And art has this unique power: it isn’t a speech, it isn’t incomprehensible statistics, it isn’t a sociological study. It’s a message carried by emotion. It’s our weapon.
If you had to sum up your relationship to art in a few words — not the most beautiful, the most accurate?
Vital. My relationship to art is vital. I need to see it, to make it, to confront it constantly. It lets me express myself and keeps me balanced. Without it, I’m not entirely sure who I would be.
À Priori, Season 2 — on France 2 and available to stream.
Podcast: L’Art et les Manières.
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