CELINE : NECESSARY

Michael Rider fait parler le silence. Pour l’automne-hiver 2026, le directeur artistique de Celine propose une garde-robe qui refuse le spectacle pour mieux affirmer l’évidence : le vêtement comme langage corporel, pas comme costume.

Character over costume. Deux mots, griffonnés dans la note d’intention de Celine, qui résument à eux seuls la mutation en cours dans le luxe contemporain. Michael Rider ne théorise pas, il tranche. Fini le déguisement, place au caractère. Fini la panoplie de signes ostentatoires, place à une garde-robe qui se vit plutôt qu’elle ne se montre. Le luxe accessible grignote les codes de la haute couture, TikTok impose son rythme syncopé aux maisons centenaires : cette sobriété revendiquée sonne comme une prise de position. La collection automne-hiver 2026 de Celine refuse les effets immédiats. Elle impose sa présence autrement : par la densité des matières, la justesse des coupes, l’intelligence des proportions. Rider puise dans l’armature du vestiaire masculin (cette architecture silencieuse qui a toujours nourri l’imaginaire de la maison) pour la réinventer au prisme du contemporain. Pas de nostalgie, pas de citations serviles. Juste une compréhension intime de ce que signifie s’habiller en 2026, quand le vêtement devient le lieu d’une négociation permanente entre confort et allure, entre discrétion et affirmation.

La façon dont on veut se sentir dans les vêtements devient le nouveau critère. Cette phrase, apparemment anodine, révèle un basculement. Le luxe ne se mesure plus à l’accumulation de détails précieux ou à la surenchère de savoir-faire exposé, mais à une forme d’adéquation intime entre le corps et le tissu, entre l’intention et l’usage. Le terme de vêtements nécessaires s’impose, adjectif qui résonne étrangement dans un secteur où le superflu a longtemps été la règle. Cette nécessité n’est pas celle de la mode utilitaire ou du minimalisme austère. C’est celle d’une garde-robe pensée comme un répertoire de gestes justes, de pièces évidentes qui autorisent l’appropriation. Car c’est bien là que se joue la subtilité de cette proposition : inviter chacun à se saisir des vêtements pour les faire siens. Pas de diktat, pas de mise en scène imposée. Celine devient un lieu plutôt qu’une marque prescriptive. On pense aux grandes maisons japonaises des années 1990, à cette manière qu’avait Yohji Yamamoto de concevoir le vêtement comme une enveloppe que chacun devait habiter à sa façon. Sauf qu’ici, le langage reste occidental, ancré dans la tradition du tailleur et du vestiaire bourgeois réinventé.

Michael Rider lets silence speak. For Fall-Winter 2026, Celine’s creative director presents a wardrobe that rejects spectacle to better assert the obvious: clothing as body language, not costume.

Character over costume. Two words, scribbled in Celine’s creative notes, that alone sum up the ongoing mutation in contemporary luxury. Michael Rider doesn’t theorize—he cuts through. No more disguise, make way for character. No more arsenal of ostentatious signs, make way for a wardrobe that is lived rather than shown. As accessible luxury erodes haute couture codes and TikTok imposes its syncopated rhythm on century-old houses, this claimed sobriety rings like a statement. The Celine Fall-Winter 2026 collection refuses immediate effects. It asserts its presence differently: through the density of materials, the precision of cuts, the intelligence of proportions. Rider draws from the framework of masculine dress (that silent architecture that has always nourished the house’s imagination) to reinvent it through a contemporary lens. No nostalgia, no servile quotations. Just an intimate understanding of what it means to dress in 2026, when clothing becomes the site of permanent negotiation between comfort and allure, between discretion and assertion.

How you want to feel in clothes becomes the new criterion. This seemingly innocuous phrase reveals a shift. Luxury is no longer measured by the accumulation of precious details or the one-upmanship of exposed craftsmanship, but by a form of intimate adequation between body and fabric, between intention and use. The term necessary clothing emerges, an adjective that resonates strangely in a sector where the superfluous has long been the rule. This necessity isn’t that of utilitarian fashion or austere minimalism. It’s that of a wardrobe conceived as a repertoire of precise gestures, of evident pieces that authorize appropriation. For this is precisely where the subtlety of this proposition plays out: inviting everyone to seize the garments and make them their own. No diktat, no imposed staging. Celine becomes a space rather than a prescriptive brand. One thinks of the great Japanese houses of the 1990s, of Yohji Yamamoto’s way of conceiving clothing as an envelope that each person had to inhabit in their own way. Except here, the language remains Western, rooted in the tradition of the tailor and the reinvented bourgeois wardrobe.

Les classiques mordants traduisent une tension féconde. Ni sage, ni provocante, la collection joue sur une forme de retenue expressive. La discrétion et la retenue font le bruit juste. Le bruit juste, celui qui ne crie pas mais qui résonne. Les marques multiplient les collaborations tapageuses et les coups médiatiques, le paysage visuel sature : ce choix du silence actif prend une dimension presque subversive. Reste la question des beaux tissus qui durent. Dans un marché globalisé où la fast fashion a contaminé jusqu’aux stratégies du luxe, cette promesse de durabilité matérielle devient un argument de vente autant qu’une posture éthique. Celine ne brandit pas l’étendard de la mode responsable avec emphase, mais intègre cette durée dans son ADN. Les tissus deviennent les vrais protagonistes, porteurs d’une mémoire tactile qui survivra aux saisons. Ce que propose Michael Rider pour Celine, c’est une forme d’élégance post-logomania, ancrée dans le présent sans être prisonnière des tendances. Une mode qui assume son statut de bien culturel tout en refusant le piège du commentaire permanent. L’énergie du présent ne se traduit pas par une esthétique datée ou accrocheuse, mais par une conscience aiguë de ce que porter un vêtement signifie dans nos vies fragmentées, entre besoin de confort et désir de présence.

Cette collection redessine les frontières du luxe contemporain. Entre inflation galopante et codes dilués, Celine invente un territoire inédit : celui d’une sophistication qui avance à voix basse. Pas d’excuses, pas de cris. Juste une confiance dans la capacité de chacun à faire sien ce qui lui est proposé. Le prestige ne réside plus dans l’ostentation du savoir-faire, mais dans l’acuité de celui qui s’habille. Une inversion des rôles qui pourrait bien redéfinir ce qu’on appelle encore élégance.

www.celine.com

The biting classics translate a fertile tension. Neither wise nor provocative, the collection plays on a form of expressive restraint. Discretion and restraint make the right noise. The right noise—the kind that doesn’t shout but resonates. As brands multiply flashy collaborations and media stunts, as the visual landscape saturates, this choice of active silence takes on an almost subversive dimension. There remains the question of beautiful fabrics that last. In a globalized market where fast fashion has contaminated even luxury strategies, this promise of material durability becomes both a sales argument and an ethical stance. Celine doesn’t brandish the banner of responsible fashion with emphasis, but integrates this duration into its DNA. Fabrics become the true protagonists, carriers of a tactile memory that will outlive the seasons. What Michael Rider proposes for Celine is a form of post-logomania elegance, anchored in the present without being prisoner to trends. A fashion that assumes its status as cultural property while refusing the trap of permanent commentary. The energy of the present doesn’t translate into dated or eye-catching aesthetics, but through acute awareness of what wearing clothing means in our fragmented lives, between the need for comfort and the desire for presence.

This collection redraws the boundaries of contemporary luxury. Between galloping inflation and diluted codes, Celine invents unprecedented territory: that of sophistication advancing in a low voice. No excuses, no shouts. Just confidence in each person’s capacity to make what is proposed their own. Prestige no longer resides in the ostentation of craftsmanship, but in the acuity of the one who dresses. A role reversal that could well redefine what we still call elegance.

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