NIKE x JACQUEMUS
Elle n’a jamais été vendue. N’a jamais appartenu qu’à une douzaine d’athlètes. Et pourtant, la Moon Shoe de Nike est peut-être la sneaker la plus influente de l’histoire de la discipline. Il fallait bien Simon Porte Jacquemus, le designer français le plus doué de sa génération pour transformer la nostalgie en désir, pour lui offrir enfin une seconde vie.
L’histoire commence comme une anecdote de génie ordinaire. En 1972, Bill Bowerman, cofondateur de Nike, cherche une semelle légère capable d’offrir plus d’adhérence aux sprinters américains qui s’apprêtent à disputer les sélections olympiques. Un matin, il fixe le gaufrier de sa femme. Le motif quadrillé. Les petits carrés en relief. Il verse du caoutchouc liquide dedans. La Moon Shoe est née, nommée d’après l’empreinte en forme de cratère qu’elle laissait dans la piste à chaque foulée. Bowerman en fait fabriquer quelques paires à la main, les distribue aux athlètes, ne la commercialise jamais. Son ADN migre dans l’Oregon Waffle (1973) puis la Waffle Trainer (1975), premier vrai succès commercial de Nike. L’originale, elle, disparaît dans les archives. Jusqu’à ce qu’un exemplaire soit adjugé 437 500 dollars chez Sotheby’s en 2019, battant tous les records pour une paire de sneakers. C’est cette chaussure fantôme que Simon Porte Jacquemus découvre lors d’une visite aux archives de Nike, il y a trois ans. « J’ai vu une chaussure de course unique et minimaliste, à la fois intemporelle et moderne dans sa simplicité », raconte-t-il. On connaît la suite : lancée en septembre 2025, leur première réinterprétation commune provoque exactement le genre d’électrochoc que les deux marques espéraient. Quatrième chapitre d’une collaboration entamée avec l’Air Max 1, poursuivie avec la J Force 1 et l’Air Humara, cette Moon Shoe réinventée s’impose comme son sommet.
Le génie du projet ne tient pas à un détail technique. Il tient à une lecture. Là où d’autres designers auraient cherché à moderniser la Moon Shoe, à l’épaissir, la colorier, la charger, Jacquemus a fait le contraire. Il a entendu ce qu’elle murmurait déjà : une certaine idée de la légèreté, du geste juste, de la forme qui ne cherche pas à en faire trop. Autrement dit, exactement ce que Jacquemus fait depuis ses débuts dans un appartement parisien de 25 mètres carrés. La tige en nylon froncé évoque un chausson de danse. La semelle extérieure Nike Grind, fabriquée à partir de matériaux recyclés, ancre la silhouette dans la réalité du mouvement. Le profil bas, torpille, semble toujours déjà en train de courir. Ce n’est pas une sneaker habillée en chaussure de danse, ni une chaussure de danse déguisée en sneaker. C’est autre chose, un objet qui occupe l’espace entre les deux avec une désinvolture totale.
It was never sold. It belonged to no more than a dozen athletes. And yet Nike’s Moon Shoe may be the most influential sneaker in the history of the discipline. It took Simon Porte Jacquemus, the most gifted French designer of his generation at transforming nostalgia into desire, to finally give it a second life.
The story begins like an anecdote of ordinary genius. In 1972, Nike co-founder Bill Bowerman was searching for a lightweight sole capable of giving American sprinters better traction ahead of the Olympic trials. One morning, he stared at his wife’s waffle iron. The grid pattern. The small raised squares. He poured liquid rubber into it. The Moon Shoe was born — named after the crater-shaped imprint it left in the track with every stride. Bowerman had a handful of pairs made by hand, distributed them to athletes, and never put them on sale. Its DNA migrated into the Oregon Waffle (1973) and then the Waffle Trainer (1975), Nike’s first real commercial success. The original disappeared into the archives, until a pair sold at Sotheby’s in 2019 for $437,500, breaking every record for a sneaker at auction. It was this ghost shoe that Simon Porte Jacquemus discovered during a visit to Nike’s archives three years ago. « I saw a unique, minimalist running shoe, both timeless and modern in its simplicity, » he recalls. The rest is history: launched in September 2025, their first joint reinterpretation produced exactly the kind of jolt both brands had hoped for. The fourth chapter of a collaboration that began with the Air Max 1, continued with the J Force 1 and the Air Humara, this reimagined Moon Shoe stands as its finest moment yet.
The brilliance of the project lies not in a technical detail. It lies in a reading. Where other designers might have sought to modernise the Moon Shoe, to bulk it up, saturate it with colour, load it with references, Jacquemus did the opposite. He listened to what it was already whispering: a certain idea of lightness, of the precise gesture, of a form that doesn’t try too hard. In other words, exactly what Jacquemus has been doing since his early days in a 25-square-metre Paris apartment. The gathered nylon upper evokes a ballet slipper. The Nike Grind outsole, made from recycled materials, roots the silhouette in the reality of movement. The low, torpedo-like profile looks as though it’s already running, even at a standstill. This is not a sneaker dressed up as a dance shoe, nor a dance shoe disguised as a sneaker. It is something else entirely, an object that occupies the space between the two with absolute nonchalance.









Ce second chapitre se déploie en trois coloris. Marron, Sail (blanc cassé), et rose pâle. Ce dernier est une prise de position. « Couleur sensuelle et naïve qui apporte douceur et intimité à la silhouette », dit Jacquemus. Dans le contexte d’une sneaker de performance, le rose pâle n’est pas une concession au marché féminin, réflexe commercial aussi prévisible que condescendant. C’est une revendication d’ADN. Depuis ses débuts, Jacquemus a fait du rose un territoire émotionnel singulier : celui de l’enfance sublimée, du désir sans agressivité, de la séduction sans démonstration. Pour incarner la campagne, il choisit Solange Knowles. Musicienne, plasticienne, performeuse, une artiste qui, comme cette Moon Shoe, refuse obstinément d’appartenir à une seule case.
Chaque chapitre approfondit quelque chose. Il ne s’agit pas de poser un logo sur une silhouette existante, mais de trouver la zone de friction exacte où deux visions du monde se révèlent mutuellement. Le sport comme forme pure. La mode comme mouvement. Et quelque part entre les deux, une chaussure née d’un gaufrier un matin de 1972, qui n’en finit pas de nous raconter quelque chose d’essentiel sur l’invention. Les coloris marron et Sail sortent le 16 mars sur SNKRS et dans une sélection de boutiques Nike. Le rose pâle est déjà disponible sur jacquemus.com et dans les boutiques Jacquemus.
This second chapter unfolds across three colourways: brown, Sail (off-white), and pale pink. The last of these is a statement. « A sensual and naive colour that brings softness and intimacy to the silhouette, » says Jacquemus. In the context of a performance sneaker, pale pink is not a concession to the women’s market, a commercial reflex as predictable as it is patronising. It is a declaration of DNA. From the very beginning, Jacquemus has made pink a singular emotional territory: that of sublimated childhood, of desire without aggression, of seduction without display. For the campaign, he chose Solange Knowles. Musician, visual artist, performer, a creative who, much like this Moon Shoe, stubbornly refuses to belong to any single category.
Each chapter deepens something. This is not about placing a logo on an existing silhouette, but about finding the precise point of friction where two world views illuminate each other. Sport as pure form. Fashion as movement. And somewhere between the two, a shoe born from a waffle iron on a morning in 1972, that never stops telling us something essential about invention. The brown and Sail colourways drop on March 16th on SNKRS and in a selection of Nike stores. Pale pink is already available on jacquemus.com and in Jacquemus boutiques.
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