424 : ARTEFACT

Guillermo Andrade élève le rebut au rang d’œuvre. Sa collection automne-hiver 2026 interroge frontalement les codes du luxe contemporain : et si la véritable valeur résidait précisément dans ce que l’industrie élimine ?

Paris, février 2026. Pendant que la Fashion Week carbure à la surenchère visuelle, 424 ralentit brutalement la cadence. Le défilé s’ouvre sur des beats urbains avant de basculer vers une partition orchestrale inattendue, presque opératique. Ce glissement musical n’est pas cosmétique. Il annonce la couleur : Guillermo Andrade ne vient pas présenter une collection de plus. Il vient interroger ce que signifie créer en 2026.

L’artisanat italien (cet artigianale que le luxe traditionnel brandit comme étendard) sert ici de point de départ. Mais Andrade le détourne intelligemment. Plutôt que de célébrer la perfection léchée des ateliers florentins, il va chercher leurs rebuts. Les peaux jugées trop marquées, les fourrures écartées pour leurs irrégularités, les textiles militaires oubliés depuis cinquante ans dans des entrepôts. Et en fait des pièces maîtresses. Le processus compte autant que le résultat. Chaque textile passe par des cycles de transformation manuels : distressing, teinture, tissage, vieillissement. Des gestes qui demandent des heures là où l’industrie compte en minutes. La fourrure s’hybride au denim par des techniques constructives inédites. Les couvertures d’armée se métamorphosent en vestes tailleur impeccables. Le paradoxe fascine : utiliser l’excellence artisanale pour magnifier ce qui était destiné à la benne. Andrade, né au Guatemala et formé en Californie, porte cette dualité dans son ADN. Migration, culture de rue, tradition du travail manuel : son parcours infuse chaque couture. « Design your life, not products », martèle-t-il. Une formule qui pourrait sonner creux mais qui, traduite en vêtements portant les stigmates du temps et du geste humain, prend un relief particulier.

La collaboration avec Azuki marque un basculement. Les jeux de cartes à collectionner sortent définitivement de leur niche. En transportant quatre personnages de son univers TCG sur le podium parisien via 424, Azuki valide une thèse : les sous-cultures d’hier façonnent le mainstream de demain. Zagabond (de son vrai nom Alex Xu, fondateur d’Azuki) l’exprime clairement : « Un univers narratif puissant appelle l’interprétation. » 424 ne se contente pas de plaquer des visuels manga sur des sweats. Le label transpose des archétypes de personnages en langage vestimentaire, créant des passerelles entre communautés qui, il y a encore cinq ans, ne se parlaient pas. Cette rencontre entre streetwear californien, esthétique anime et artisanat européen fonctionne parce qu’elle évite le piège du pastiche. Les deux univers partagent une même obsession : la construction de mythologies par le détail, qu’il s’agisse d’une carte rare ou d’une veste patinée à la main.

Guillermo Andrade elevates the discarded to the realm of art. His Fall-Winter 2026 collection confronts the codes of contemporary luxury head-on: what if true value lies precisely in what the industry casts aside?

Paris, February 2026. While Fashion Week runs on visual excess, 424 brutally slows the pace. The show opens with urban beats before shifting to an unexpected orchestral score, almost operatic. This musical transition isn’t cosmetic. It sets the tone: Guillermo Andrade hasn’t come to present just another collection. He’s here to question what it means to create in 2026.

Italian craftsmanship (that artigianale traditional luxury brandishes like a banner) serves as the starting point here. But Andrade cleverly subverts it. Rather than celebrating the polished perfection of Florentine workshops, he goes for their rejects. Leathers deemed too marked, furs discarded for their irregularities, military textiles forgotten for fifty years in warehouses. And transforms them into centerpieces. The process matters as much as the result. Each textile undergoes cycles of manual transformation: distressing, dyeing, weaving, aging. Gestures that demand hours where industry counts in minutes. Fur hybridizes with denim through unprecedented construction techniques. Army blankets metamorphose into impeccable tailored jackets. The paradox fascinates: using artisanal excellence to magnify what was destined for the dumpster. Andrade, born in Guatemala and trained in California, carries this duality in his DNA. Migration, street culture, tradition of manual labor: his journey infuses every seam. « Design your life, not products, » he insists. A formula that could ring hollow but which, translated into garments bearing the stigmata of time and human gesture, takes on particular depth.

The collaboration with Azuki marks a shift. Trading card games are definitively leaving their niche. By transporting four characters from its TCG universe onto the Parisian runway via 424, Azuki validates a thesis: yesterday’s subcultures shape tomorrow’s mainstream. Zagabond (real name Alex Xu, Azuki founder) puts it clearly: « A powerful narrative universe invites interpretation. » 424 doesn’t simply slap manga visuals on sweatshirts. The label transposes character archetypes into sartorial language, creating bridges between communities that, even five years ago, weren’t speaking to each other. This encounter between Californian streetwear, anime aesthetics, and European craftsmanship works because it avoids the trap of pastiche. Both universes share the same obsession: building mythologies through detail, whether it’s a rare card or a hand-distressed jacket.

La stratégie économique de 424 défie les logiques dominantes. En ne produisant que les quantités permises par les matériaux récupérés, Andrade crée une limitation intrinsèque. Pas de drops calculés au millimètre, pas de numérotation artificielle. La rareté découle du processus lui-même. Face à une industrie qui croule sous ses propres excès, le choix d’Andrade résonne comme un acte de dissidence. Les grands groupes réfléchissent en millions d’unités ; 424 assume son échelle réduite. Le pari : que les consommateurs (surtout les plus jeunes) valorisent désormais l’authenticité du geste sur le volume de l’offre. Mais c’est aussi un risque financier considérable. Le marché reste gouverné par la croissance exponentielle. Proposer un modèle basé sur la lenteur et l’auto-limitation relève presque de l’hérésie. Andrade semble pourtant convaincu que le luxe de demain se mesurera en intensité d’expérience, pas en chiffres de vente.

Là où d’autres marques polissent leurs images jusqu’à l’aseptisation, 424 expose ses processus. Chaque pièce porte visiblement la trace de la main qui l’a travaillée. Les imperfections ne sont pas gommées : elles sont amplifiées, célébrées. Les vêtements ne sont pas pensés pour rester neufs. Ils sont conçus pour s’améliorer avec l’usage, pour porter la mémoire de celui qui les habite. Cette tension entre durabilité et érosion, qu’Andrade explore depuis plusieurs saisons, atteint ici une maturité remarquable. Le vêtement devient archive vivante.

L’IA générative menace d’uniformiser la création, la fast fashion accélère jusqu’à l’absurde : cette célébration de l’irrégularité sonne comme un acte de résistance. La partition orchestrale qui accompagne le show n’est pas un gadget : elle signale que 424 ne joue pas dans la même catégorie que ses contemporains. Ni streetwear devenu marketing de masse, ni luxe patrimonial figé dans ses rituels. Plutôt une troisième voie : celle d’une mode qui ose ralentir, qui assume ses limites, qui transforme ses contraintes en force créative.Andrade ne révolutionne rien. Il fait quelque chose de plus subtil, peut-être de plus durable : il ramène la mode à ses fondamentaux. Au geste, à la matière, au temps. À ce moment où un vêtement cesse d’être un objet de consommation pour devenir un compagnon. L’industrie reste obsédée par la nouveauté ; ce retour aux essentiels constitue peut-être le geste le plus radical qui soit.

La collection 424 AW26 sera disponible en quantités limitées — par choix, pas par stratégie.

@424inc

424’s economic strategy defies dominant logic. By producing only the quantities permitted by salvaged materials, Andrade creates intrinsic limitation. No calculated drops down to the millimeter, no artificial numbering. Scarcity flows from the process itself. Facing an industry drowning in its own excess, Andrade’s choice resonates as an act of dissent. Major groups think in millions of units; 424 embraces its reduced scale. The bet: that consumers (especially younger ones) now value authenticity of gesture over volume of supply. But it’s also a considerable financial risk. The market remains governed by exponential growth. Proposing a model based on slowness and self-limitation borders on heresy. Yet Andrade seems convinced that tomorrow’s luxury will be measured in intensity of experience, not sales figures.

 

Where other brands polish their images to sanitization, 424 exposes its processes. Each piece visibly bears the trace of the hand that worked it. Imperfections aren’t smoothed away: they’re amplified, celebrated. Garments aren’t designed to stay new. They’re conceived to improve with use, to carry the memory of their wearer. This tension between durability and erosion, which Andrade has explored for several seasons, reaches remarkable maturity here. The garment becomes living archive.

 

Generative AI threatens to homogenize creation, fast fashion accelerates to absurdity: this celebration of irregularity sounds like an act of resistance. The orchestral score accompanying the show isn’t a gimmick: it signals that 424 isn’t playing in the same category as its contemporaries. Neither streetwear turned mass marketing, nor patrimonial luxury frozen in its rituals. Rather a third way: that of a fashion that dares to slow down, that embraces its limits, that transforms its constraints into creative force. Andrade isn’t revolutionizing anything. He’s doing something more subtle, perhaps more enduring: bringing fashion back to its fundamentals. To gesture, to material, to time. To that moment when a garment ceases to be a consumer object and becomes a companion. The industry remains obsessed with novelty; this return to essentials may constitute the most radical gesture of all.

The 424 AW26 collection will be available in limited quantities — by choice, not strategy.

@424inc

Credits
Creative Director: Guillermo Andrade

Images by: Alexandre Gaudin & Eseniya Araslanova
Styling: Guillermo Andrade / Mathilde Storm / Valeria Semushina
Set Design: EyeSight
Make up : Marie Guillon
Hair: Sacha Massimbo 
Casting: Katherine Mateo
Scenography & Production by EyeSight
Coordination: 10.000 Global