CELINE SS27
Pour son premier défilé masculin en solo, le directeur artistique de Celine laisse la théorie de côté et met le vestiaire en avant. C’est la proposition la plus habitable de la saison parisienne.
Le décor tient en deux éléments : un sol de court, de la lumière blanche. Les mannequins traversent à une vitesse qui interdit la contemplation, et l’indication vaut programme. Ces vêtements se regardent en mouvement, dans la rue, sur quelqu’un. En guise de notes d’intention, Rider fait circuler une page de carnet : quelques lignes brèves, des phrases sans verbe, des majuscules qui surgissent au milieu d’une phrase comme des mots d’ordre. Paris venait de passer huit jours à réclamer des concepts. Rider arrive avec un tempérament.
Sarouels ballonnés en turquoise, corail et blanc. Gabardines amples qui se déploient comme des capes au moindre déplacement d’air. Puis le trait se resserre d’un coup : pantalons fuselés jusqu’à la cheville, trenchs ceinturés, blazers rétrécis dont les manches s’arrêtent au poignet, souvenir malicieux de la maison qui habillait jadis les enfants de la bourgeoisie parisienne. Le détail travaille au millimètre. Poches à rabat remontées bien trop haut sur la poitrine, poignets qui débordent de la manche, débardeurs moulants resserrés par un laçage dans le dos, pulls vert vif ou rouge, munis de coudières en cuir assorties, pantalons coupés juste au-dessus de la longueur attendue, qu’ils soient sarouels, droits ou évasés. Rider prend des pièces que tout le monde croit connaître et déplace un seul paramètre. Rigueur et relâchement cohabitent dans le même passage, et il laisse la tension ouverte. Plusieurs personnes très différentes peuvent lire cette collection et s’y reconnaître.
For his first solo menswear show, Celine’s creative director sets theory aside and puts the wardrobe forward. It is the most wearable proposition of the Paris season.
The set comes down to two elements: a court floor, white light. The models cross at a speed that forbids contemplation, and the instruction doubles as a programme. These clothes are meant to be seen in movement, in the street, on somebody. In place of show notes, Rider circulates a page torn from a notebook: a few short lines, phrases without verbs, capitals surfacing mid-sentence like slogans. Paris had just spent eight days demanding concepts. Rider arrives with a temperament.
Ballooning sarouel trousers in turquoise, coral and white. Loose gabardines that open like capes at the slightest displacement of air. Then the line tightens all at once: trousers tapered to the ankle, belted trenches, shrunken blazers whose sleeves stop at the wrist, a mischievous memory of the house that once dressed the children of the Parisian bourgeoisie. The detail works to the millimetre. Flap pockets set far too high on the chest, cuffs spilling out of the sleeve, close-cut tanks drawn in by lacing at the back, sweaters in bright green or red fitted with matching leather elbow patches, trousers cut just above the expected length, whether sarouel, straight or flared. Rider takes pieces everyone believes they know and shifts a single parameter. Rigour and looseness share the same passage, and he leaves the tension open. Several very different people can read this collection and recognise themselves in it.












Un pull passe en écharpe. Un sac se porte au cou comme un collier retourné. Les gants rejoignent la silhouette partout sauf aux mains. S’y ajoutent des ceintures de smoking colorées, des broches, des bandeaux frangés, des pierres semi-précieuses posées sur le front. Rider évoque la façon dont les jeunes gens expérimentent sur leur propre corps, le premier tatouage, le premier anneau dans le nez, ce moment où l’on s’essaie soi-même pour voir ce qu’on devient. La valeur se déplace du logo vers celui qui le porte, un pari qui suppose une confiance considérable dans le client. Le vêtement arrive fini à quatre-vingts pour cent, et le reste vous appartient.
Avec l’invitation, Rider a envoyé des colliers de perles. Il portait le sien, cadeau de son ami Walt Cassidy, figure des club kids new-yorkais. Il en parle comme d’un objet transmis, chargé, précieux. Toute la collection fonctionne ainsi : des pièces qui arrivent avec un passé et vous laissent la suite à écrire. La bande-son avance au même rythme, de Björk aux percussions brésiliennes des Barbatuques. Au premier rang, Grace Jones, Oscar Isaac, Mark Ronson, Finn Wolfhard. Un échantillon de mondes.
Phoebe Philo avait vidé la maison. Hedi Slimane l’avait recodée. Rider remet l’héritage en circulation et l’assume avec une tranquillité qui devient sa signature. Il vise une construction longue, une maison pourvue de fondations et capable de marcher. Le vestiaire tient déjà debout. La vraie question appartient désormais au groupe qui l’emploie : dans une industrie où les directions artistiques durent dix-huit mois, lui accordera-t-on le temps ?
A sweater is worn as a scarf. A bag sits at the neck like an inverted necklace. Gloves join the silhouette everywhere except the hands. To these are added coloured cummerbunds, brooches, fringed headbands, semi-precious stones laid across the forehead. Rider talks about the way the young experiment on their own bodies, the first tattoo, the first ring through the nose, that moment when you try yourself out to see who you become. Value moves from the logo to the person carrying it, a wager that presumes considerable trust in the client. The garment arrives eighty per cent finished, and the rest belongs to you.
With the invitation, Rider sent pearl necklaces. He wore his own, a gift from his friend Walt Cassidy, a figure among the New York club kids. He speaks of it as an object handed on, charged, precious. The whole collection operates this way: pieces that arrive with a past and leave you to write what follows. The soundtrack moves at the same tempo, from Björk to the Brazilian percussion of Barbatuques. On the front row, Grace Jones, Oscar Isaac, Mark Ronson, Finn Wolfhard. A sample of worlds.
Phoebe Philo had emptied the house. Hedi Slimane had recoded it. Rider puts the inheritance back into circulation and carries it with a calm that is becoming his signature. He is aiming at a long construction, a house with foundations, a house able to walk. The wardrobe already stands. The real question now belongs to the group that employs him: in an industry where creative directorships last eighteen months, will he be given the time?
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