G-STAR : ARCHETYPE
Toiles denses, coutures visibles, volumes qui ne trichent pas. Archetypes s’ouvre sur une sensation tactile avant même de produire une image. Présentée à Amsterdam début février, la collection marque chez G-STAR un retour assumé à la matérialité du vêtement : celui qui se tient, se froisse, se patine. Une écriture de la mode par la matière, là où le discours a souvent pris le pas sur l’objet.
Le titre de la collection n’a rien d’un effet de manche. « Archetypes » désigne ici une méthode de travail : identifier les formes matricielles du vestiaire utilitaire (vestes de terrain, pantalons cargos, imperméables militaires, denim brut) pour en proposer une relecture débarrassée du folklore. L’imaginaire workwear irrigue aujourd’hui largement la mode, souvent réduit à un vocabulaire graphique : poches plaquées, surpiqûres apparentes, volumes pseudo-fonctionnels. G-STAR choisit une approche plus littérale. Chaque détail revendique un usage, chaque construction rappelle une origine. Le vêtement ne joue pas à faire « comme si » : il assume sa structure. La collection se distingue par une écriture visuelle volontairement contenue. Les silhouettes restent lisibles, presque sobres, mais gagnent en précision. Les volumes sont contemporains sans chercher l’effet de mode. Les proportions, légèrement amples, accompagnent un mouvement de fond du vestiaire masculin et mixte, qui privilégie désormais la mobilité, le confort et la superposition. Le résultat compose un vestiaire qui ne cherche pas l’icône immédiate, mais la cohérence d’ensemble. Une proposition de style pensée pour s’installer dans le temps plutôt que pour saturer une saison.
Le denim constitue l’axe structurant de cette narration. Selvedge japonais et italien, tissé sur des métiers anciens, toiles denses pensées pour évoluer avec l’usage : la matière raconte ici autant que la coupe. Le jean Deeggie, droit et légèrement ample, assume une rigidité initiale presque volontairement exigeante. Ce rapport au vêtement, qui demande au corps de s’y adapter avant de se laisser apprivoiser, réactive une relation plus lente à l’objet. Le denim n’est plus un simple code stylistique, mais une surface de mémoire. Il enregistre le temps, les plis, l’usure. Une patine qui ne se fabrique pas, mais se vit. Cette valorisation du « temps long » n’est pas anodine sur le plan stratégique. Le marché du denim premium et du workwear de qualité connaît un regain d’intérêt, porté par une clientèle en quête de pièces plus durables, capables de traverser plusieurs saisons sans s’épuiser visuellement. G-STAR, souvent perçue au fil des années 2010 comme une marque de denim « accessible », repositionne ici son discours vers une zone plus exigeante, presque patrimoniale. La référence aux manufactures japonaises et italiennes, au tissage traditionnel, à la construction robuste, participe de cette montée en gamme narrative. Le vêtement devient porteur d’un récit de fabrication, au-delà de sa seule fonction.
Dense canvases, visible seams, volumes that refuse to perform. Archetypes opens on a tactile sensation before it resolves into an image. Presented in Amsterdam in early February, the collection marks, for G-STAR, a deliberate return to the material truth of clothing: garments that hold their shape, crease, and acquire a patina over time. A way of writing fashion through matter itself, at a moment when discourse has often eclipsed the object.
The collection’s title is no rhetorical flourish. « Archetypes » describes a method: identifying the foundational forms of the utilitarian wardrobe—field jackets, cargo trousers, military raincoats, raw denim—and reworking them without the usual layers of folklore. The workwear imaginary has become ubiquitous across fashion, frequently reduced to a graphic shorthand: patch pockets, visible topstitching, pseudo-functional volumes. G-STAR opts for a more literal reading. Each detail claims a purpose; each construction recalls an origin. The garment does not perform utility—it assumes its structure. The visual language remains deliberately restrained. Silhouettes are legible, almost austere, yet sharpened by precision. Volumes feel contemporary without courting trend effects. Slightly relaxed proportions echo a broader shift in menswear and genderless dressing towards mobility, comfort, and layering. What emerges is a wardrobe that resists the logic of the instant icon in favour of coherence. A proposition designed to settle into time, rather than to saturate a season.
Denim forms the narrative backbone of the collection. Japanese and Italian selvedge, woven on heritage looms; dense canvases chosen to evolve with wear: here, fabric speaks as clearly as cut. The Deeggie jean, straight and gently generous in shape, embraces an initial rigidity that feels almost willfully demanding. This negotiation between body and garment reactivates a slower relationship to clothing. Denim ceases to be a mere stylistic code and becomes a surface of memory, registering time, folds, and abrasion. A patina that cannot be manufactured, only lived. This emphasis on duration is not without strategic resonance. The premium denim and quality workwear segment is seeing renewed traction, driven by consumers seeking pieces capable of spanning several seasons without visual fatigue. Long positioned in the 2010s as an “accessible” denim brand, G-STAR recalibrates its narrative towards a more exacting, almost heritage-inflected register. References to Japanese and Italian mills, traditional weaving techniques, and robust construction signal this quiet elevation. The garment carries a story of making, beyond its immediate function.







Les pièces phares de la collection traduisent ce dialogue entre héritage et contemporanéité. La Field Jacket, issue d’un modèle porté par la 10ᵉ division de montagne de l’armée américaine en Italie, conserve une autorité graphique, mais se déleste de tout excès décoratif. Le Dismounted Raincoat, relecture des imperméables militaires des années 1940, privilégie une ligne épurée, presque architecturale. Les M-51 Cargos réinvestissent une ampleur historiquement fonctionnelle, aujourd’hui perçue comme un luxe de confort et de liberté de mouvement. Chaque pièce renvoie à un contexte d’origine précis, sans s’y enfermer. Au-delà de l’esthétique, Archetypes s’inscrit dans une conversation plus large sur la redéfinition du « pratique » dans le vestiaire contemporain. Le workwear n’est plus seulement associé à un métier ou à un effort physique. Il devient le vocabulaire d’une vie fragmentée, faite de déplacements, de transitions, de superpositions de rôles. La veste utilitaire s’adresse autant à l’urbain mobile qu’au travailleur manuel idéalisé par la mode. Cette hybridation du sens reconfigure la valeur symbolique du vêtement : il ne représente plus un statut, mais une disposition, une posture face au quotidien.
Reste la question de l’impact. En choisissant la retenue plutôt que le spectaculaire, G-STAR prend un risque mesuré. Archetypes ne produit pas d’images-chocs ni de silhouettes immédiatement virales. Elle propose une écriture plus souterraine. Ce choix peut paraître en retrait face aux logiques de visibilité accélérée. Il peut aussi s’interpréter comme une tentative de réinscrire la marque dans une temporalité plus longue, moins dépendante de la surenchère visuelle. Avec Archetypes, G-STAR remet le workwear à sa place : celle d’un vestiaire de fond, structurant, pensé pour accompagner des corps réels dans des usages réels. Ici, la matière pèse, la coupe engage, le vêtement résiste. Et cette résistance, discrète mais tangible, devient le véritable statement.
The collection’s key pieces articulate this dialogue between inheritance and contemporaneity. The Field Jacket, drawn from a model worn by the U.S. Army’s 10th Mountain Division in Italy, retains a graphic authority while shedding ornamental excess. The Dismounted Raincoat, a reinterpretation of 1940s military outerwear, favours a stripped-back, near-architectural line. The M-51 cargos reclaim a historically functional volume, now perceived as a luxury of comfort and freedom of movement. Each piece points to a precise lineage without becoming captive to it. Beyond aesthetics, Archetypes engages a broader redefinition of the “practical” in contemporary dress. Workwear no longer corresponds solely to a profession or physical labour. It has become the vocabulary of a fragmented daily life, shaped by movement, transitions, and layered roles. The utility jacket addresses the mobile urban subject as much as the manual worker long mythologised by fashion. This hybridisation shifts the symbolic value of the garment: it signals not a status, but a disposition—a way of inhabiting the everyday.
The question of impact remains. By choosing restraint over spectacle, G-STAR embraces a measured risk. Archetypesoffers no shock images, no instantly viral silhouettes. Its language is quieter, more subterranean. The stance may appear reserved in an economy of accelerated visibility. It can also be read as an attempt to re-anchor the brand in a longer temporal horizon, less dependent on visual escalation. With Archetypes, G-STAR restores workwear to its essential role: a foundational wardrobe, built to accompany real bodies through real uses. Here, fabric has weight, cut demands engagement, the garment resists. That discreet, tangible resistance becomes the true statement.
